Je travaille depuis sept ans dans le domaine de la formation professionnelle internationale, où je développe de nouveaux marchés afin d’améliorer le niveau des compétences professionnelles en Asie et en Europe. Les résultats ont été impressionnants et il est encourageant de constater l’intérêt croissant pour ces compétences, alors que les besoins en matière de transparence et de responsabilité sont devenus si cruciaux dans l’économie mondiale d’aujourd’hui. Notre effectif d’étudiants connaît une croissance soutenue à l’échelle mondiale, mais parmi tous les marchés sur lesquels j’ai travaillé, du Pakistan au Luxembourg, c’est Chypre qui m’a le plus impressionné. La classe professionnelle, dotée d’un haut niveau d’éducation, va désormais jouer un rôle essentiel pour aider Chypre à se remettre de la crise économique qu’elle traverse actuellement.
Souvent, les destinations touristiques ne sont pas les endroits les plus propices aux affaires ; ce n’est toutefois pas le cas à Chypre. Cette île méditerranéenne magnifique et extrêmement accueillante a connu une croissance considérable de son secteur des services financiers au cours de la dernière décennie, et sa capacité à soutenir cette croissance tient aux investissements réalisés dans les compétences professionnelles ainsi qu’à la constitution d’une main-d’œuvre qualifiée de premier ordre. À cela s’ajoute le fait que Chypre disposait d’un régime fiscal attractif pour les investisseurs étrangers, avec un impôt sur les sociétés de 10 %, ce qui a rendu l’île séduisante aux yeux de nombreuses organisations internationales. On a notamment constaté d’énormes investissements russes au cours des dernières années et Limassol compte désormais une importante communauté russe, qui côtoie un secteur touristique stable. Cela a donné lieu à une alliance culturelle inattendue dans le contexte financier actuel : les deux nations accordent de l’importance aux communautés soudées, partagent la religion orthodoxe et sont animées par des motivations financières. Les attraits de Chypre en tant que centre financier étaient considérables pour les Russes. Les affaires étaient en plein essor jusqu’à ce que la crise économique mondiale actuelle commence à affecter Chypre, aboutissant à la décision de demander un plan de sauvetage à l’UE en juin 2012 et entraînant le chaos financier observé ces dernières semaines.
Chypre est aujourd’hui en pleine crise financière et fait face à la pire crise économique de son histoire récente, depuis les événements de 1974. Dernier pays en date à avoir sollicité un plan de sauvetage auprès de l’Eurogroupe, le gouvernement chypriote a pris une mesure audacieuse et courageuse pour tenter de remédier à la situation financière critique dans laquelle il se trouve. Une grave crise bancaire, provoquée par l’exposition aux obligations d’État grecques et par une mauvaise gestion des finances publiques, aurait creusé un trou financier pouvant atteindre 16 milliards d’euros. Pour aider à résoudre cette crise, Bruxelles est prête à accorder un prêt de 10 milliards d’euros, mais uniquement si Chypre accepte de lever elle-même 5,8 milliards d’euros. Cette approche radicale a mis les nerfs de nombreux Européens à rude épreuve et les Chypriotes sont sous le choc. Le chômage atteint désormais un niveau record de 11 %, avec un taux de chômage supérieur à 30 % chez les 18-25 ans. La manière dont les Chypriotes réagiront constituera un immense défi culturel et, jusqu’à présent, j’ai été impressionné par leur capacité à s’attaquer au problème avec professionnalisme, intelligence et dignité.
Le président Nicos Anastasiades, avocat âgé de 66 ans récemment élu, est manifestement déterminé à s'attaquer de front à ces problèmes afin de rétablir la confiance, mais un défi de taille l'attend. Lui et son gouvernement sont engagés dans des négociations avec l'UE et, dans une mesure similaire, avec les Russes, afin de trouver un plan de sauvetage financier pour cette nation insulaire.
La situation politique et économique à Chypre est clairement au centre de l’attention européenne, alors que la crédibilité de l’île en tant que centre financier est passée au crible. Sur le plan culturel également, les Chypriotes sont au centre de l’attention médiatique alors qu’ils font face à la nouvelle choquante de la gravité de la crise et de ses implications potentielles pour eux. On comprend aisément qu’ils soient très en colère. L’orientation future de l’économie dépend du succès des mesures d’austérité prises par le gouvernement, des mesures en faveur de la croissance économique, de la capitalisation efficace des réserves de gaz récemment découvertes et de l’évolution de la situation en Grèce et dans la zone euro.
De nature, les Chypriotes sont conservateurs et travailleurs ; les mesures d’austérité constitueront donc un véritable coup dur pour l’écrasante majorité de la population, qui a toujours respecté les règles et risque désormais de devoir payer des impôts supplémentaires. Dans un pays où la loyauté et la protection de la famille sont primordiales, ils considéreront cela comme un défi collectif.
Malgré ces difficultés, les Chypriotes sont bien placés pour rebondir grâce à une main-d’œuvre bien formée et qualifiée, et ils ont déjà su se relever de crises par le passé. L'exemple le plus célèbre reste celui de 1974, lorsque le conflit avec les Chypriotes turcs a atteint son paroxysme et a entraîné la division du territoire. Cette scission a donné naissance à deux communautés : la « ligne verte » sépare le sud, contrôlé par les Chypriotes grecs, du nord, contrôlé par les Chypriotes turcs. Ce conflit a conduit de nombreux Chypriotes à perdre leurs biens du jour au lendemain, et ses conséquences se font inévitablement encore sentir aujourd’hui.
Cette situation a eu pour conséquence directe d'influencer leur approche de l'éducation. Les Chypriotes grecs ont estimé que, quelles que soient les épreuves de la vie, et en particulier la perte de richesses matérielles, la seule chose qui ne peut vous être enlevée, c'est l'éducation. Cette approche s'est transmise de génération en génération, les familles chypriotes s'étant efforcées d'offrir à leurs enfants la meilleure éducation possible. Le plus souvent, cela s'est traduit par leur envoi dans d'excellentes universités à travers le monde, notamment au Royaume-Uni et aux États-Unis.
En retour, leurs enfants ne les ont pas déçus. Ils n’ont pas pris ce privilège pour acquis ; ils ont travaillé dur et ont atteint le plus haut niveau dans une langue étrangère, relevant le défi et saisissant les opportunités qui se présentaient. Les étudiants chypriotes ne se sont pas contentés de simplement réussir leurs examens : ils ont voulu être les meilleurs, en poursuivant souvent des formations professionnelles et des MBA après leur licence. Lors des examens de la phase professionnelle de l’Institut des experts-comptables d’Angleterre et du Pays de Galles (ICAEW) en 2012, 4 des 5 lauréats absolus étaient des Chypriotes, parmi plus de 1 300 étudiants et près de 8 000 examens passés à travers le monde.
La réputation professionnelle de Chypre revêt d’autant plus d’importance dans le contexte économique actuel, où des normes éthiques et professionnelles élevées sont essentielles pour tracer la voie de la reprise et garantir son avenir à long terme en tant que centre financier prospère. Il est également important de rappeler que Chypre n’est pas seule face à ces défis, car des questions similaires se posent au Royaume-Uni et dans le reste de l’Europe. Les acteurs occupant des postes clés, tels que les régulateurs, les forces de l’ordre et d’autres organismes gouvernementaux, sont contraints d’initier et d’influencer des changements positifs. Un changement culturel s’opère actuellement dans les pratiques professionnelles à travers toute l’Europe.
Dans ce contexte d’austérité où la sécurité de l’emploi est précaire, les étudiants mettent tout en œuvre non seulement pour assurer leur propre avenir, mais aussi celui de leur pays. En exploitant pleinement leur potentiel professionnel et en donnant le meilleur d’eux-mêmes, ils font tout ce qui est en leur pouvoir pour que Chypre se remette de cette crise économique et qu’elle soit entre de très bonnes mains à l’avenir. Collectivement, les Chypriotes riposteront, surmonteront ces défis et s'efforceront de reconstruire un avenir meilleur. Sans aucun doute, ils se souviendront également de ceux qui étaient à leurs côtés dans les moments difficiles, ce qui façonnera inévitablement les alliances culturelles de demain.
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