Trump, Poutine et « Vranyo »

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Dans son édition d'aujourd'hui (10 juillet 2017), le Daily Telegraph publie un article de John Bolton, ancien ambassadeur des États-Unis auprès des Nations unies, dans lequel il écrit :

« Trump a pu constater que Poutine le regardait droit dans les yeux tout en lui mentant, en niant toute ingérence russe dans les élections. »

http://www.telegraph.co.uk/news/2017/07/10/vladimir-putin-looked-trump-eye-lied-negotiate-russia-peril/

Mais la vérité n'est pas un concept facile à cerner.« Qu'est-ce que la vérité ? demanda Pilate d'un ton moqueur, sans attendre de réponse », ainsi commençait Francis Bacon son essai de 1625 intitulé « De la vérité », en faisant allusion à l'Évangile selon saint Jean.

Aristote a défini la vérité ainsi :« Dire de ce qui est qu’il est, et de ce qui n’est pas qu’il n’est pas, c’est la vérité. » Ainsi, « vérité » et « être » sont étroitement liés. Mais cela est plus complexe qu’il n’y paraît à première vue. Le mot de la Grèce antique qui se rapproche le plus de la vérité telle que nous la connaissons est ἀλήθεια (aletheia), qui signifie « ce qui n’est pas caché » : en d’autres termes, le contraire (indiqué par la lettre initiale « a ») du mot situé au milieu duLétheia, « Léthé ». Le Léthé est l’un des cinq fleuves des Enfers, l’Hadès, et le nom de l’esprit grec de l’oubli et de l’amnésie. Ainsi, le mensonge comporte une connotation d’oubli. En effet, l’une des définitions médicales du mensonge est « l’amnésie sélective ». Selon Freud, nous refoulons ce qui, dans notre passé, nous est émotionnellement difficile à accepter.

Et si nous posions la question suivante : « Quelle est lavéritésur la meilleure façon de vivre, ou la meilleure façon de gouverner ? » Isaiah Berlin – le grand philosophe letton-britannique aujourd’hui disparu – estimait que la quête de vérités philosophiques et politiques absolues – sur lesquelles repose une grande partie de la philosophie occidentale – avait conduit à des idéologies qui, une fois appliquées de manière logique, avaient provoqué bon nombre des horreurs du XXe siècle. Le pluralisme, selon lui, constituait une bien meilleure alternative.

Les Chinois, pour qui la vérité revêt souvent un caractère relationnel, estiment qu'il existe un million de vérités.

On pourrait affirmer que les Russes, pour qui la vérité aurait pu signifier la mort ou les goulags, en sont venus à considérer le mensonge comme un moyen de survie.

Les Russes ont un concept,« vranyo », qui désigne un petit mensonge inoffensif. C'est l'un de ces mots intraduisibles qui nous permettent de pénétrer au cœur d'une culture.

Marilyn Murray, dans son article publié en 2012 dans le *Moscow Times* et intitulé « Pourquoi le mensonge est devenu un passe-temps national », le définit ainsi :

« On parle de “vranyo” lorsqu’une personne sait qu’elle ment et s’attend à ce que son interlocuteur s’en rende compte. L’un de mes collègues a déclaré : “Il nous mentait, nous savions qu’il mentait, il savait que nous savions qu’il mentait, mais il a continué à mentir malgré tout, et nous avons fait semblant de le croire.” »

https://themoscowtimes.com/articles/why-lying-has-become-a-national-pastime-18754

Churchill a décrit la Russie, dans une phrase restée célèbre, comme« une énigme, enveloppée d’un mystère, au cœur d’un mystère ».La compréhension culturelle que l’Occident a des Russes est cruellement insuffisante, même au sein des ministères des Affaires étrangères et parmi les diplomates. On comprend aisément pourquoi : les Russes nous ressemblent, s’habillent comme nous, semblent à bien des égards comme nous en apparence, mais au fond d’eux-mêmes se cache une âme très différente – ou« dusha »en russe – autant asiatique qu’européenne. Si l’on parvenait à établir un lien avec cela, de nombreux problèmes pourraient être résolus à l’amiable.

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