Migration massive ou crise des réfugiés ?

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Article de Richard D. Lewis

 

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Les guerres et les troubles en Syrie, en Libye, en Irak et en Afghanistan ont provoqué des déplacements massifs de populations, entraînant la migration de 2 à 4 millions de réfugiés. On parle d’une crise migratoire, mais il s’agit en réalité d’une crise des réfugiés, car les migrations de masse ont souvent des effets bénéfiques, en particulier dans les pays d’accueil. Ce fut certainement le cas aux États-Unis à la findu XIXe et au débutdu XXe siècle, où s’est créé le « melting pot », qui a jeté des bases solides pour le développement et le progrès industriel américains.

Le nombre de réfugiés en 2015 a bouleversé les démocraties occidentales. L’Allemagne, à elle seule, a courageusement accueilli près d’un million de personnes, mais des pays plus petits, tels que la Hongrie, la Croatie, voire le Danemark et la Suède, mettent précipitamment en place des barrières de toutes sortes pour protéger leurs frontières et préserver leur équilibre démographique. Le carnage et l’ampleur des destructions matérielles en Syrie, en particulier, ont créé ce qui semble être une situation nouvelle et qui s’aggrave rapidement en Europe, même si la Syrie n’est pas un pays européen, mais un pays voisin.

En réalité, cela n’a rien de nouveau. L’histoire se répète ; les guerres provoquent des bouleversements violents et des déplacements de populations. La crise actuelle, bien que grave et qu’elle bouleverse bien sûr la vie de ceux qui y sont pris, est un événement relativement mineur par rapport à ce qui s’est passé lors d’une autre guerre, à savoir la Seconde Guerre mondiale. Lorsque Fiorello La Guardia, trois fois maire de New York, fut nommé par le président Truman à la tête de l’Administration des Nations Unies pour les secours et la reconstruction (UNRRA) à la fin de la guerre, on estimait devoir prendre en charge environ 7 millions de réfugiés. Lorsque les camps de réfugiés ont fermé leurs portes en 1949, ce chiffre était bien plus élevé : environ 11,5 millions. Et en 1946, on comptait encore environ 4 millions de personnes déplacées (DP) en Europe. La différence entre une personne déplacée et un réfugié résidait dans le fait que la première avait un foyer où retourner (à condition de le retrouver), tandis que le second était sans abri.

Après 1945, les Américains, y compris leur personnel militaire, ont été étroitement impliqués, tant sur le plan administratif que financier, dans l'UNRRA, qui avait été créée par Churchill et Roosevelt en 1944 avec un budget colossal de 10 milliards de dollars. Les Américains ont apporté les trois quarts de cette somme, la Grande-Bretagne et le Canada se chargeant du reste.

Les Américains avaient tiré certaines leçons lors de la création de l’ARA (American Relief Administration) à la fin de la Première Guerre mondiale. L’ARA avait été submergée par l’épidémie de grippe de 1919, qui avait fait plus de 12 millions de morts rien qu’en Europe, et un nombre encore plus élevé en Asie. Ces chiffres, au lendemain de deux guerres mondiales, replacent la crise de 2015 dans une perspective historique.

Si l'on revient sur l'UNRRA, la charge de travail s'est avérée bien plus importante que prévu. Il a fallu mobiliser 450 équipes d'humanitaires. Bon nombre d'entre elles comptaient des militaires, qui n'avaient reçu aucune formation en matière d'aide humanitaire. Dans certains camps, les conditions de vie étaient très précaires : la faim, la corruption, la prostitution et les accouchements dans des conditions inadaptées figuraient parmi les problèmes rencontrés. Il régnait une tension constante entre les militaires, les responsables politiques, les soldats et les humanitaires. La fraternité faisait défaut face à la défaite et à la souffrance.

Nous savons tous que dans les années 1950 et les décennies qui ont suivi, l’Europe a été reconstruite et a fini par prospérer. Les réfugiés se sont finalement installés dans de nouveaux pays auxquels ils ont commencé à faire allégeance. Les migrations se sont poursuivies vers d’autres continents, sans contrainte. Des pays comme l’Australie et le Canada ont ainsi acquis une population et une main-d’œuvre dont ils avaient cruellement besoin. Ces pays continuent aujourd’hui d’être de merveilleux « refuges ». Le Canada est sans doute le pays le plus multiculturel au monde et en a considérablement tiré profit.

La « crise » actuelle doit être considérée et évaluée comme un événement relativement mineur dans le long cours de l’histoire de l’humanité. La société du XXIe siècle dispose des institutions, des ressources financières, des structures sociales, de l’expérience politique et, à terme, de la volonté nécessaires pour surmonter les événements extrêmement critiques auxquels nous assistons.

Bien sûr, le moyen le plus simple consiste à mettre fin aux hostilités actuelles qui se poursuivent. Comparées à la guerre de 1939-1945, ces hostilités ne sont qu’une simple escarmouche. Les plus grandes nations – les États-Unis, la Russie, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la France –, dès lors qu’elles coopèrent, devraient être en mesure de contribuer à la recherche de solutions concrètes pour instaurer la paix. Parmi les contributions possibles, y compris sur le plan culturel, on pourrait citer les suivantes :

 

États-Unis – Armée, finances, priorité aux économies

Russie – Armée, volonté de jouer un rôle de premier plan sur la scène internationale

Grande-Bretagne – Diplomatie, soutien aux autres acteurs clés

France – Une vision, une volonté de collaborer avec différents acteurs

Allemagne – Refuges, pragmatisme

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