Une Europe unie ?

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Les récentes élections européennes ont été marquées par un glissement significatif vers l'extrême droite, qui a pris beaucoup de monde par surprise.
D'un point de vue culturel, cela était tout à fait prévisible.
Les couleurs de cette extrémité du spectre politique sont celles du drapeau national, et les émotions dont elle se nourrit sont le sentiment d'impuissance, la colère et la peur de l'inconnu.
Dans une période difficile comme celle que nous traversons, où les gens ont perdu leur emploi, ont le sentiment que le pouvoir politique leur échappe (Bruxelles) et que le paysage culturel de leur propre pays est en pleine mutation (immigration), il est facile de s’accrocher à ce qu’on a appris en premier lieu – nos valeurs et nos croyances nationales – et de rejeter violemment tout ce qui est « différent » et qui menace ces acquis.
Le poème de W.B. Yeats, « The Second Coming », résume bien l'apathie (faible participation électorale) qui peut conduire à une prise de pouvoir marquée par une intensité passionnée :
  • Tour après tour, dans ce tourbillon qui ne cesse de s'Ă©largir
  • Le faucon n'entend pas le fauconnier ;
  • Tout s'effondre ; le centre ne tient plus ;
  • Une vĂ©ritable anarchie s'est abattue sur le monde,
  • La marĂ©e teintĂ©e de sang se dĂ©chaĂ®ne, et partout
  • La cĂ©rĂ©monie de l'innocence est noyĂ©e ;
  • Les meilleurs manquent de conviction, tandis que les pires 
  • Sont empreints d'une intense passion.
L'Union européenne repose sur le principe d'une union toujours plus étroite, mais il s'agit d'une union de nations aux valeurs très divergentes. Ces divergences peuvent atteindre le niveau philosophique le plus profond : il suffit de comparer le rationalisme français et la pensée allemande au pragmatisme britannique pour comprendre pourquoi le Royaume-Uni ne s'est jamais senti à sa place au sein d'une construction politique reposant sur des fondements franco-allemands.
Nous pouvons nous accommoder de ces différences tant que tout se passe « comme d’habitude », mais lorsque la crise frappe, et qu’elle touche le portefeuille des citoyens européens, ceux qui en ont les moyens peuvent hausser les épaules et ne pas se donner la peine d’aller voter, tandis que bon nombre de ceux qui n’en ont pas les moyens se replieront dans leurs enclaves nationales et défendront leurs valeurs propres jusqu’à la mort.
Il n’y a pas de réponse toute faite. Mais l’UE doit remettre en question ses principes de base et se demander si une intégration toujours plus poussée est vraiment l’objectif à poursuivre, compte tenu des différences culturelles au sein de l’Europe. Elle pourra alors soit décider de revoir ses ambitions à la baisse, soit proposer une alternative si convaincante, un message d’espoir si fort – incarné, dans l’idéal, par une figure à l’image d’Obama – qu’il séduise et unisse l’Europe tout entière…
Cela semble peu probable.
Mais il faut agir pour éviter une « seconde venue » comme celle décrite dans le poème de Yeats, où une «bête sauvage […] se traîne vers Bethléem pour y naître». Cela s'est déjà produit en Europe, et l'histoire a la fâcheuse habitude de se répéter.

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